«Sans changement de logique, l'humanité n'a pas d'avenir»

Conférence de Frei Betto à Lausanne - 17/09/09
Philipp Müller - pages de gauche, Julien Wicki - pages de gauche, Bernard Borel - député VD, Frei Betto, Pierre-Yves Maillard - Conseiller d'Etat, Manon Schick - Amnesty International (Suisse)
E-Changer, l'ONG qui préfère la «coopér-action» à l'«aide» aux pays du Sud», fête ses 50 ans. Avant les festivités de samedi à Fribourg, elle a reçu la visite amicale d'une des voix fortes de l'altermondialisme, le théologien de la libération Frei Betto. Interview.
Alternatives qui se manifestent dans les mouvements sociaux, mais également dans l'action de leaders comme son ami Lula au Brésil, Hugo Chavez au Venezuela ou Fidel Castro à Cuba, des hommes «que l'Europe a parfois du mal à comprendre, mais qui refusent les compromis avec les oppresseurs du monde».
swissinfo.ch: Vous êtes venu du Brésil pour les 50 ans d'E-Changer. Vous considérez cette ONG comme «exceptionnelle». En quoi l'est-elle?
Frei Betto: Elle travaille sans aucune vision colonialiste, ni paternaliste, avec beaucoup de respect pour notre réalité et nos coutumes. Ses volontaires viennent chez nous pour échanger justement, pour partager, pour apprendre. Et cette modestie est très importante. E-Changer est centrée sur la formation humaine, la formation de leaders populaires. Elle agit dans l'idée de renforcer la solidarité avec les mouvements sociaux, au lieu de simplement donner de l'argent pour construire des bâtiments ou des infrastructures.
swissinfo.ch: Après la crise financière, on a entendu beaucoup d'appels - y compris de chefs d'Etat – à des changements radicaux dans le système. Une année après, que reste-t-il de cet espoir?
F.B.: Je ne crois pas que les leaders du monde veulent vraiment des changements significatifs. Lors du dernier G8 à L'Aquila, ils ont décidé d'allouer 15 milliards de dollars à la réduction de la pauvreté. Or, entre septembre 2008 et juillet 2009, les mêmes leaders ont engagé mille fois cette somme pour sauver le système financier. Sauver l'humanité – dont les deux tiers vit en-dessous du seuil de pauvreté – n'est pas dans leur logique. Leur objectif, c'est de sauver le système financier. Et tant qu'ils sont dans cette logique, il n'y a pas d'espoir.
swissinfo.ch: Vous appelez à freiner la croissance. Mais comment dire aux gens du Sud qu'ils n'atteindront jamais le niveau de consommation du Nord simplement parce qu'il n'y a pas assez de ressources?
F.B: Ce n'est pas une question de Nord ou de Sud, c'est un problème global. Si l'on s'en tient au paradigme actuel de la consommation, l'humanité dans son ensemble n'a pas d'avenir. On doit passer à un modèle de partage des biens de la Terre et du travail, à une «globalisation de la solidarité», comme le disait le pape Jean-Paul II. Qui stimule cet appétit de consommation dans les pays du Sud? C'est justement les entreprises du Nord, à coup de publicité ou en imposant des modèles dans les médias.
Marc-André Miserez, swissinfo.ch
pour voir l'interview complet:
http://www.swissinfo.ch/fre/swissinfo.html?siteSect=105&sid=11235607&ty=st
Images: Marcia Flora Anelio et Josée Martin
Impressions de la conférence publique à Fribourg (16/09/09), du séminaire organisée en partenariat avec la FEDEVACO à Lausanne (17/09/09) et de la conférence publique à Lausanne organisée en partenariat avec E-CHANGER, Alliance Sud, Helvetas, FEDEVACO, Comedia, Action de Carême, Le Courrier, Amnesty Internationl-Suisse, Les Verts, PS-VD, POP-VD, Pages de gauche, Gauchehebdo







FREI BETTO
Carlos Alberto Libânio Christo est né le 25 août 1944 à Belo Horizonte au Brésil.
Ecrivain, militant politique, théologien de la libération, ce dominicain est l'auteur d'une cinquantaine d'ouvrages divers qui lui ont valu de nombreux honneurs, dont deux Prix Jabuti, principale distinction des lettres brésiliennes.
Emprisonné de 1969 à 1973 par la dictature militaire, il soutient la lutte armée après sa libération et s'installe en 1979 dans une favela de São Paulo. Il y rencontre Luiz Inácio Lula da Silva, militant ouvrier et futur président, qui l'appelle en 2003 comme conseiller spécial.
Il quitte ce poste l'année suivante, déçu par les difficultés de mise en œuvre du programme de lutte contre la faim dont il est notamment chargé.





