De Lugano à Bogotá, la conviction d’un appui solidaire

En particulier les enfants et les adolescents qui se réunissent chaque semaine au siège de la Société du Centre de soins psychosociaux (le CAPS, Corporación Centro de Atención Psicosocial) à la recherche d’un endroit confiné, d’un appui, d’un espace familier et d’espoir.
Le CAPS, qui étend également ses actions ciblées en faveur de la population de quatre départements frontière du nord-est et du sud du pays, est l'une des institutions non gouvernementales les plus reconnues parmi celles qui se consacrent à la prise en charge psychosociale des victimes du conflit.
«Le travail est ardu, parce qu’il nous confronte à des situations extrêmement difficiles et douloureuses, pour ne pas dire déchirantes», souligne la pédagogue Bonardi, 32 ans, originaire de Lugano et diplômée de l'Université de Genève.
En particulier, «avec les enfants et les adolescents qui ont subi dans leurs chairs des expériences traumatisantes. Que ce soit à cause du déplacement forcé de leurs familles, de l'incarcération d'un parent, voire de la disparition et / ou de l’assassinat d'un membre de la famille», explique-t-elle.
Un cas particulier sur le continent
Malgré une expérience préalable très riche dans plusieurs pays d'Amérique latine, comme en Argentine et en Equateur, où elle a œuvré et déployé des activités pour différentes ONG suisses dans le domaine des droits de l'homme, elle avoue qu’elle n’a « jamais été confrontée directement, in situ, aux conséquences de la guerre, comme ici ».
C’est la différence, la spécificité du travail en cours, qui se déroule au sein d'un collectif et qui traite spécifiquement de l’appui scolaire des enfants, et du soutien pour les jeunes, les adolescents et les adultes dans la reconstruction de leurs projets de vie.
En reconnaissant que « le résultat de cette réalité tellement brutale marquée par le conflit interne laisse des blessures profondes chez ceux qui en ont souffert directement. Et qu’il en résulte des séquelles difficilement réversibles pour les enfants concernés. »
« Toutes les tâches sont effectuées au sein du CAPS en petites équipes de deux ou trois professionnels, qui assurent des soins complets, complémentaires et particulièrement humains aux personnes qui viennent chercher ce type d’attention », explique-t-elle.
En dépit de l’aspect réellement dramatique des expériences vécues à la limite du supportable, « je suis très impressionnée, chaque jour, de sentir la force de ces personnes qui ont été victimes de cette violence. Il y a une volonté de fer de reconstruire leur vie, leurs sentiments, leur équilibre psychologique, malgré le fardeau des nombreux drames personnels vécus », témoigne-t-elle. Au cours de la dernière année, selon les statistiques internes du Centre, une assistance permanente a été donnée à plus de 500 victimes de la violence des paramilitaires ou de l'Etat.
Une population qui souffre, à laquelle le CAPS assure un accompagnement psycho-social de qualité, avec une équipe d'une dizaine de personnes, qui comprend notamment un médecin spécialisé en médecine naturelle et en bio-énergie, des sociologues, des psychologues et bien sûr la pédagogue suisse.
« Une école de formation quotidienne »
Comme bilan des 12 premiers mois du contrat de deux ans signé avec l'ONG suisse E-CHANGER, « je souligne ô combien j'ai appris durant ce stage au CAPS. »
Y compris des notions de médecine naturelle, de réflexologie, de polarité, de moxibustion et d’acuponcture, parmi d'autres techniques de bioénergie. En plus de «l'expérience de l'organisation, de la planification et de la gestion, et la qualité des soins dont font preuve mes collègues, qui sont pour moi une source d'apprentissage», souligne Bonardi.
Pas un jour, explique la pédagogue de Lugano, « sans que j’apprenne quelque chose de nouveau ... Il me reste, encore, à pouvoir m'approprier la capacité d'improvisation de mes collègues qui assurent la prise en charge au CAPS. Une vertu que j’espère intégrer pleinement durant l'année de travail qui me reste encore à effectuer à Bogota. »
“Rendre la confiance et l'estime de soi aux personnes”
«La contribution de Alessia est très important pour le centre», souligne la sociologue colombienne Angela Ospina, directrice du CAPS.
Son regard interculturel, sa capacité d'adaptation pour faire face avec une qualité professionnelle aux cas et aux situations extrêmes, les connaissances méthodologiques dans l'attention pédagogique envers les enfants et les adolescents, le soutien scolaire, constituent une partie de sa contribution. Un vrai “plus” professionnel et humain qui enrichit ainsi notre propre pratique », explique Ospina.
En outre, «le travail systématique d'information à l’attention de la communauté internationale sur nos propres activités et sur les expériences dans notre centre.” Cette tâche «essentielle pour partager à l’extérieur la réalité des victimes en Colombie, nous l’avons récemment présentée, notamment à l'Union européenne, qui depuis un an soutient un projet de notre institution», poursuit la directrice.
«Sans un coopérant international, nous ne pourrions pas partager avec le monde extérieur de la façon dont nous le faisons les expériences de notre travail. C’est un encouragement supplémentaire pour les victimes de savoir que leur expérience difficile est connue et partagée en Suisse et en Europe ", affirme-t-elle.
Ospina revendique plusieurs principes clés qui président à la manière de faire du CAPS et qui en font une institution de référence en son genre: une perspective holistique intégrale vis à vis de l’attention psychologique, physique et humaine; la flexibilité de l'organisation interne du travail qui respecte en même temps une rigueur professionnelle conséquente; ainsi que la promotion et la convergence en réseaux avec d'autres organisations colombiennes liés à la même problématique.
"Les victimes constituent un corollaire brutal, peut-être le plus vulnérable, du conflit interne dont souffre la Colombie. D'où l'importance d’espaces comme le nôtre qui offrent la possibilité de décharge émotionnelle, d'assurer l'expression libre et se convertissent en référents de stabilité émotionnelle », synthétise Angela Ospina.
Et de là le but essentiel d’accompagnement et de soins complets en faveur des victimes: «leur rendre leur confiance et leur estime de soi. Les aider à travailler leur colère, leurs haines et leurs angoisses. Leur permettre de continuer à croire en un avenir individuel, familial et communautaire, et à le construire en dépit d'un passé souvent déchirant», conclut-elle.
Sergio Ferrari, service de presse E-CHANGER
Article en espagnol: www.swissinfo.ch
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Le CAPS en bref
Le Centre de Soins Psychosociaux - CAPS- travaille depuis dix ans, en soutien des victimes du conflit sociopolitique colombien.
Le CAPS est constitué d'une équipe d'une dizaine de professionnels nationaux expérimentés dans le secteur psycho-social et médical.
Un volet de leur travail est la sensibilisation nationale et internationale par rapport à la violation des droits humains et en particulier la torture physique et psychologique.
Ces actions sont développées dans le cadre de la Coalition Colombienne Contre la Torture, composée par plus de 10 organisations nationales de droits humains, et par l'Organisation Mondiale Contre la Torture OMCT.
Le CAPS, avec le soutien d'organisations internationales, a produit plusieurs publications.
L'une d'elle, «La santé ... autres chemins", est un outil pédagogique destiné à améliorer la santé des gens en Colombie.
Elle comprend un échantillon de 56 plantes qui existent en Colombie, avec leurs propriétés médicinales et curatives. Avec des explications très simples pour un large public.
L'autre publication s’intitule "Les communautés face au traumatisme de la violence politique. Outils de soutien psychosocial ». Elle comprend trois thèmes principaux: une cartographie sociale, la possibilité de guérison avec les mains et des méthodes simples, et le soutien dans les situations de crise.
Ces deux publications sont un emblème du travail de sensibilisation populaire, y compris préventif, fondé sur des bases scientifiques, que réalise le CAPS en Colombie.
Le travail du CAPS est fortement valorisé par divers secteurs de la société civile colombienne et reconnu par différentes sphères étatiques qui traitent de la problématique des victimes du conflit interne. (Sergio Ferrari/E-CHANGER)





